Mon enfant présente-t-il un TDAH ?

Vous êtes essoufflés. Vous ne savez peut-être plus quoi faire pour aider votre enfant et vous soulager. Cela fait quelque temps que vous avez remarqué qu’il présente des difficultés à rester concentré, il a besoin de bouger tout le temps ou au contraire peut rester des heures en étant très calme, parle souvent en coupant la parole, il n’écoute pas vraiment quand vous lui parlez et vous devez lui répéter sans cesse ce qu’il doit faire.


Votre enfant présente probablement des critères du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).


Voici dans cet article quelques éléments pour vous éclairer et mieux comprendre votre enfant.



TDAH, c’est quoi ?


Peut-on le définir comme un enfant hyperactif ? Non.


Aujourd’hui on ne parle plus d’hyperactivité pour décrire un enfant avec TDAH. En effet, le problème central de ce trouble est le déficit de l’attention. Si le terme « hyperactivité » reste encore très utilisé, cela porte à confusion. Un enfant peut avoir besoin de bouger tout le temps sans s’arrêter et un autre peut à l’inverse être très calme, ne pas faire de bruits, être passif. Pourtant, dans les deux cas, ils seront diagnostiqués TDAH. Mais, tous les enfants très agités et turbulents ne seront pas atteints de TDAH.


En effet, pour parler de trouble, il faut que les comportements provoquent une véritable gêne dans le quotidien. Un enfant qui a besoin de bouger mais qui réussit ensuite à faire ce qu’on lui demande : pas de gêne. Par contre, un enfant qui fait tout pour rester attentif (bureau épuré, silence complet, etc) mais qui est tout le temps déconcentré : véritable gêne.


La gêne peut se retrouver à l’école, dans le quotidien familial ou encore au niveau social. Etre TDAH, c’est donc être en souffrance. Rien n’y fait, aucune amélioration n’est visible, aucun aménagement ne le soulage vraiment. L’ambiance de famille est au plus bas et l’enfant ne va pas bien.


Environ 5% des enfants d’âge scolaire sont atteints de ce trouble neurodéveloppemental. Les symptômes apparaissent souvent avant 12 ans et persistent pendant 6 mois et plus. Il se peut cependant qu’ils fluctuent avec plus ou moins d’inattention ou d’agitation selon les circonstances. Dans tous les cas, les symptômes doivent être observés dans au moins 2 lieux différents (ex : à la maison et à l’école).


Dans le TDAH, trois types de symptômes peuvent se manifester : l’inattention, l’impulsivité et l’hyperactivité.


Ils peuvent être variables d’un enfant à l’autre. Parfois, un symptôme prédomine ou est absent. Par exemple, il existe des formes de TDAH sans hyperactivité où prévaut l’inattention et d’autres où l’hyperactivité et l’impulsivité sont majoritaires.

Voici des pistes d'observation :



L’inattention ou déficit d’attention


L’inattention est au cœur du trouble. C’est le symptôme général qu’on retrouve chez tous les enfants (et adultes TDAH). C’est une difficulté qui persiste tout au long du développement d’un individu.


Les enfants auront du mal à rester concentré sur une tâche donnée et une fois commencé ils auront beaucoup de mal à la terminer. Ils seront, de plus, très distraits par n’importe quel stimulus. Par exemple lorsque vous jouez avec votre enfant, vous pouvez voir qu’il passe rapidement d’une activité à une autre sans jamais vraiment faire preuve de persévérance dans l’une d’elles.


Avec un TDAH, les enfants auront beaucoup de mal à garder une routine (par exemple, la routine d’avant dodo : mettre son pyjama, se laver les dents, faire pipi, se coucher). Il n’automatise pas ces comportements. Vous êtes alors sans cesse obligé de lui répéter : « Va te laver les dents ! » « Mets-toi en pyjama » « Va faire pipi » « Et tu t’es lavé les dents ? »…


Quand il était tout petit, vous vous êtes même demandé s’il n’était pas sourd. Votre enfant n’écoute pas vraiment quand vous lui parlez et il oublie ou perd souvent des choses. Par exemple, il n’a pas noté ses devoirs, il a perdu ses clefs, sa trousse, il a oublié ses cahiers…


Votre enfant peut aussi éviter les tâches répétitives ou ennuyeuses (comme les devoirs ou les tâches ménagères) et vous éprouvez de grandes difficultés à initier l’effort : il faut plus de temps pour les mettre à ses devoirs que le temps qu’il passe à les faire…


En grandissant, cela se transforme en procrastination. Vous me direz que tout le monde le fait ! En effet, mais chez les TDAH la procrastination se fait jusqu’à ce que ce soit trop tard. Par exemple, si vous devez remplir votre feuille d’imposition sans être TDAH, vous procrastinez jusqu’à 23H puis vous vous y mettez. Les TDAH procrastineront jusqu’à payer des frais supplémentaires de retard.


On dit de votre enfant qu’: "Il n’écoute jamais", "Il est vite distrait", "Il est dans ses rêves", "Il est dans la lune", "Il est incapable de se concentrer".


Une forte impulsivité


Chez les enfants, cette impulsivité est plutôt motrice et cognitive. Par exemple, dès que quelque chose leur plait, ils vont l’arracher des mains d’un autre, s’ils connaissent la réponse ils vont répondre spontanément sans lever le doigt, sur les 5 consignes ils vont peut-être en lire 2 et faire la même chose aux autres exercices même si ce n’est pas ce qui est demandé. C’est en classe où cela posera le plus de problème et le plus gênant.


L’enfant répond donc trop vite aux sollicitations et agit avant de réfléchir aux consignes et aux conséquences de ses actes. Il coupe souvent la parole et ne sait pas attendre. Il intervient donc tout le temps sans faire attention aux autres autours.


Quand l’impulsivité motrice et cognitive peuvent s’apaiser, d’autres formes d’impulsivité peuvent persister telle que l’impulsivité émotionnelle, appelée aussi dysrégulation émotionnelle. Celle-ci se traduit par une émotion qui se transforme en excitation et/ou énervement. Les enfants TDAH n’arrivent pas à gérer leurs émotions et n’arrivent donc pas à « redescendre ». Ils accumulent ainsi durant toute la journée et cela fini par exploser, qu’importe la situation.


Souvent, on décrit votre enfant comme "colérique", " capricieux" et "égocentrique". On dit de l'enfant : "Il coupe la parole", "Il ne pense qu’à lui", « Il fait des crises de colère »


L’hyperactivité


Ce symptôme est facultatif pour diagnostiquer un TDAH pour les raisons évoquées en introduction. Certains enfants la présentent, d’autres non. Elle peut être le syndrome principal ou au contraire n’être que légère voire absente.


De plus en grandissant, les enfants hyperactifs trouvent des prétextes pour bouger (aller faire les courses, se lever remplir la carafe d’eau 3 fois…) et s’adapter à leurs symptômes. Comme ils s’améliorent, cela ne dérange plus tellement.


Les enfants TDAH avec hyperactivité auront du mal à rester assis et pourront se lever à n’importe quel moment, même en classe où la règle est de rester assis. Ils auront du mal à tenir en place, se tortillent, jouent avec leurs mains, avec des stylos, font tomber leur trousse, leurs classeurs etc. S’ils restent assis, ils compensent leur besoin de bouger par des petits bruits par exemple avec la bouche ou avec le matériel qu’il trouve à proximité.


L’hyperactivité peut aussi se présentée comme un flux de parole incessant. L’enfant parle vite, parle beaucoup mais reste dans une sorte de délire qui lui appartient et on ne comprend pas forcément de quoi il parle.


Il saute, court, grimpe partout, sur tout et sur rien. Il est comme infatigable. Les enfants TDAH avec hyperactivité ont même 5 fois plus de chance d’arriver aux urgences traumatiques.


On dit de votre enfant qu’il bouge tout le temps, qu’il est "monté sur ressort", et souvent décrit comme bruyant et perturbateur.


TDAH, quels impacts dans le quotidien ?


Comme dit précédemment, le TDAH gêne l’enfant et les autres. Ce trouble impacte donc fortement la vie sociale, familiale et scolaire de l’enfant.


C’est souvent à l’âge scolaire, que ce trouble se révèle gênant. Les difficultés sont alors nombreuses : résultats instables, retard dans les apprentissages avec parfois comme résultat un redoublement, avertissements de conduite pouvant aller jusqu’à des exclusions.


Au niveau social, l’enfant TDAH peut être mis à l’écart dans les groupes d’amis ou à l’inverse avoir plusieurs amis mais ne jamais être invité aux anniversaires. L’enfant se sent alors dévalorisé et développe une mauvaise estime de lui-même. Cela peut être exprimé par des avis négatifs sur soi (« Je suis nul »), ou au contraire par des avis sur-positifs (« Je suis le meilleur »).


Il y a un risque de découragement, puisque l’enfant fait tout ce qu’il peut pour se contrôler, rester concentré, etc, mais cela est plus fort que lui. Il se sent donc impuissant face aux efforts qu’il fait mais qui ne fonctionnent pas. Les autres le blâment, le grondent le punissent et cela augmente les effets négatifs. En effet, les enfants TDAH ne sont pas capable d’imaginer les conséquences à long termes. Vous punissez votre enfant, il recommencera car il n’aura pas intégré les causes à effets. Chez ces enfants, utiliser trop souvent la punition ne sert donc à rien voire est réellement nocive pour lui, accentuant sa dévalorisation et son découragement.


Les répercussions au sein de la famille sont également importantes, avec un épuisement des parents qui les amène souvent à consulter. Les enfants TDAH sont en opposition et expriment des idées parfois suicidaires (« Je vais partir en forêt comme ça vous retrouverez mon squelette et je n’embêterai plus personne ! »).


Enfin, dans la plupart des cas de TDAH, les enfants présentent également des comorbidités (troubles associés de façon plus fréquente que ce que voudrait le hasard) perturbant les apprentissages et la vie scolaire, sociale et familiale :

- Troubles des apprentissages

- Troubles anxieux et/ou dépressifs

- Troubles oppositionnels et/ou troubles des conduites

- Abus de substances pour les adolescents et problème pour anticiper les risques (pas de projection dans l’avenir qui permettrait de se réguler)

- TICS et/ou syndrome de Gilles de la Tourette



Conclusion


On ne développe pas un TDAH, on nait avec une prédisposition. Souvent, le TDAH a des facteurs génétiques et une héritabilité. En effet, si l’enfant a un TDAH, les parents ont 25% de risque d’avoir ou d’avoir eu un TDAH. Ainsi que les frères et sœurs qui présentent sûrement des traits de TDAH sans forcément que ce soit un trouble en tant que tel.


Si ce que vous avez lu vous a fait penser à votre enfant ou à quelqu’un que vous connaissez, le mieux de lui proposer de s’adresser à un professionnel pour lui faire passer un bilan : d’abord en parler au médecin traitant qui orientera peut-être ensuite vers un pédiatre, neurologue, psychiatre pour enfant ou neuropsychologue ou psychologue en fonction de ce qu’il jugera utile après vous avoir écouté.


En effet, il faut bien distinguer le TDAH d’autres problèmes pouvant entraîner des symptômes similaires : hyperactivité, inattention ou simple comportement turbulent.


Si votre enfant présente un TDAH voici quelques pistes des choses que vous pouvez faire :

  • Evitez les punitions : car les enfants TDAH ne calculent pas les conséquences à long terme et être punis à répétition les découragent. Plus vous punissez moins cela sera utile et plus il y a aura des comportements gênants.

  • Usez la communication parent-professeur : les enfants TDAH doivent se sentir compris. Vous pouvez penser aussi à des aménagements à mettre en place à l’école pour favoriser l’attention et canaliser son énergie.

  • Trouvez un système motivationnel pour l’enfant TDAH : il marche à la motivation et à l’affect. Si cela l’intéresse et qu’il aime ça, ce sera plus simple de mettre en place ses connaissances.

  • Essayez au maximum d’ignorer les comportements qui ne dérangent pas tellement et valorisez l’effort non pas le résultat.


Pour info :

Les idées reçues, fausses bonnes idées :

  • C’est la mode du TDAH => non, ça a toujours existé sauf qu’aujourd’hui on sait le reconnaitre et le dépister.

  • C’est dû à une mauvaise éducation : les parents sont trop laxistes => non, les familles avec enfants TDAH donnent en fait plus de règles et plus de punitions. Mais ce mode éducatif est contre-productif car les enfants se découragent.

  • C’est à cause des écrans => non, c’est comme la question de la poule et de l’œuf, cela peut cacher la vérité. On ne développe pas un TDAH mais on nait avec une prédisposition. Les écrans peuvent devenir problématique car ils stimulent énormément les TDAH : peuvent être performants, montre beaucoup d’action, plein de couleur, etc.

  • C’est pour les lobby pharmaceutiques : on shoot nos enfants => non. Les doses journalières ont certes augmenté mais la France n’arrive pas encore aux doses données ailleurs en Europe. Les plus connus sont la ritaline, concerta, quasym et medikinet. La différence se trouve seulement dans leur durée d’action. La médicamentation n’est utilisée qu’après que les aménagements scolaires et la guidance parentale n suffisent plus. Ce n’est pas un calmant, mais cela augmenter leurs capacités d’attention pour leur permettre apprendre et développer de nouvelles stratégies.


Après toutes ces informations, vous comprendrez qu’il est parfois difficile de savoir seul si votre enfant souffre d’un TDAH ou non.


Alors n’hésitez pas à faire appel à un professionnel et ne vous découragez pas 😉

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